Idées de lecture : été 2015

Version 2

L’été est particulièrement propice à la lecture et aux découvertes littéraires. C’est à cette période de l’année que je fais le plein de romans. J’essaye de découvrir les dernières oeuvres « à la mode » mais également de redécouvrir les classiques. Cet été 2015 aura été très fructueux, j’ai découvert de nombreux livres et certains ont eu « la chance » d’avoir une place dans ma catégorie « livres cultes ». Voici un petit tour d’horizon de ces lectures : Été 2015.

Bien avant de découvrir le livre, j’ai vu le film réalisé par Ron Howard. Déjà, à l’époque celui-ci m’avait beaucoup inspiré. De nombreux critiques soulignaient le fait qu’il était bien moins riche que le roman et ils avaient raison. Bien que le film soit très beau, le livre est encore plus passionnant, palpitant et romanesque. Le roman relate l’histoire de Chiyo, une petite fille native d’un petit village de pêcheur que rien ne destine à devenir geisha, et pourtant malgré son parcours semé d’embuches elle va devenir l’une des geishas les plus convoitées de Kyoto. Un livre fascinant, un univers envoutant et surtout une écriture magnifique, poétique et pleine de douceur. Un beau roman à découvrir.

Beaucoup on du déjà lire ce roman paru en 2003. A l’époque ce livre a été véritable succès en librairie. Pourtant, je ne l’ai découvert que cette été, mieux vaut tard que jamais. Et quelle découverte, un roman plein d’humanité malgré le sujet très dur dont il traite. Certains passages m’ont ému au plus haut point. J’ai voyagé dans l’Afghanistan d’avant guerre, bien avant les talibans et les occupants russes. J’ai voyagé avec les personnages, j’ai découvert leur enfance, leur évolution, leur passage à l’âge adulte. Un livre puissant, didactique et magnifique.

IMG_5473

J’ai entendu parler de ce livre juste avant les vacances. Je souhaitais le lire en VO, mais malheureusement je ne l’ai pas trouvé, j’ai donc abandonné l’idée de le lire pendant les vacances. C’était sans compter sur ma maman, qui tout à fait par hasard l’a acheté pendant l’été. Une bonne occasion pour pouvoir enfin le découvrir. C’est l’histoire d’une rencontre entre Lou et Will. Will golden boy à la City a subit un grave accident et est à présent tétraplégique. Lou vit une vie bien tranquille entourée de ses parents dans un village d’Angleterre. Tout deux vont apprendre à se connaitre, à s’aimer et à dépasser leur quotidien. Sortez les mouchoirs.

Le maître des illusions est le livre qui m’a le plus déstabilisé cet été. Composé de deux parties, la première relate l’arrivé de Richard Papen à l’université d’Hampben dans le Vermont et son intégration dans la très sélect classe de grecque. J’ai adoré plonger dans cet ambiance collégiale et snob, entourée de cette « élite » qui semble vivre hors du temps et des conventions. J’ai néanmoins été un peu déçue par la deuxième partie du roman, beaucoup plus longue et très inégale en terme d’écriture. Néanmoins ce livre ne vous laissera pas indifférent et vous offrira une large palette d’émotions.

IMG_5476

C’est le premier roman de Herman Hesse que je lis et quelle claque ! Il s’agit plus d’une nouvelle (type Morts à Venise de Thomas Mann) qu’un roman. Pourtant malgré le format très court, Klein et Wagner surprend par son intensité. Difficile de résumer cette nouvelle, je peux simplement vous dire qu’elle traite de la vie, de la mort et surtout de l’angoisse. L’écriture de Hesse est magnifique et de nombreux passages figurent d’ores et déjà dans mon carnet de citations.

Typiquement le roman de l’été que l’on emporte au bord de la plage pour se détendre, avec la mer en fond sonore. Le roman raconte l’histoire d’une famille espagnole tiraillée par la guerre civile sous Franco. Un roman avec tous les ingrédients d’une saga de l’été, au menu : histoire d’amour compliquée, personnages hauts en couleurs, saut dans le passé, trahisons, passions, haine… Efficace, parfait pour l’été.

La grosse déception de l’été. Je ne m’étendrai pas sur le sujet. Seulement je ne comprends toujours pas pourquoi ce livre a eu tant de succès en librairie. Une histoire bateau, des personnages caricaturaux et une écriture à couper au couteau. On peut s’en passer. Next.

IMG_5470

Publicités

Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

Certaines n'avaient jamais vu la mer

–  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –

Certaines n’avaient jamais vu la mer

–  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –  –

Elles les ont choisis sur une photo avec l’aide d’une marieuse. Elles voulaient s’échapper à un destin tracé d’avance, elles ne voulaient pas passer toute leur vie les pieds dans une rizière. Elles ont rêvé de leurs visages, elles ont imaginé leur nuit de noce, leur nouvelle vie, là-bas, dans une maison avec plus de deux pièces et une cheminée ! Elles sont parties avec leur kimono, quelques objets personnels, des milliers de questions et surtout l’espoir d’un avenir meilleur.

Les banquiers se sont révélés être des fermiers, vagabondant d’une ferme à l’autre, allant là où le travail les appelait. Les beaux jeunes hommes en photos avaient vingt ans de plus, et les désillusions ne faisaient que commencer. Elles sont devenues fermières, femmes de chambre, prostituées. La vie quotidienne semble un être un combat permanent où il faut rester à sa place, ne pas offenser son prochain. Malgré cela l’hostilité se fait sentir dans le regard et le comportement d’autrui :

« Leurs enfants nous jetaient des pierres. Leurs serveurs s’occupaient toujours de nous en dernier. […] Leurs coiffeurs refusaient de nous couper les cheveux. « Trop dur pour nos ciseaux ». Leurs femmes nous demandaient de nous éloigner d’elles dans l’omnibus lorsque nous étions trop près. « Veuillez m’excuser », répondions-nous, puis nous sourions en nous écartant. Car la seule manière de résister, nous avait appris nos maris, c’était de ne pas résister. »

Des mots qui claquent, des mots qui coulent, des mots qui nous laissent seulement imaginer le destin de ces femmes qui ont tout quitté dans l’espoir d’une vie meilleure. Comment s’adapter dans cette terre hostile ? Telle une litanie incessante Julie Otsuka redonne vie à ces femmes que l’Histoire a oublié. A la manière d’un roman choral, la narration à la première personne du pluriel permet d’englober tous ces destins de femmes et de retranscrire de façon fidèle et poignante leur histoire. De leur voyage en bateau, à leur nuit de noce en passant par leur travail et leur accouchement on suit ces destinées de femme que la vie n’a pas épargné. Pas de pathos ou de phrases grandiloquentes sur la condition de ces épouses,  seulement le témoignage saisissant et brutal de cette réalité qui a été tut et enterré depuis trop longtemps.

 Un hommage bouleversant à lire absolument.

Du Domaine des Murmures, Carole Martinez

Du domaine des murmures

__ __ __ __ __ __ __ __ __ __ __ __ __ __ __ __

Du domaine des Murmures

Carole Martinez

__ __ __ __ __ __ __ __ __ __ __ __ __ __ __ __

Un mot de l’éditeur :

En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire « oui » : elle veut faire respecter son vœu de s’offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe. Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et son souffle parcourra le monde jusqu’en Terre sainte.

 Mon avis :

Du Domaine des Murmures, un si joli titre qui laisse présager un beau roman. Je lis ce titre comme une invitation au recueillement, au silence, à l’écoute et au voyage. J’aime les titres poétiques sur lesquels on peut s’épancher, ils donnent le ton du roman, et nous attirent à la lecture.

Les premiers mots de ce roman ont raisonnés dans ma tête comme une douce mélodie. Je me souviens avoir lu les premières pages de cette oeuvre, dans un café sombre et bruyant, et tout de suite j’ai été happé par l’écriture de Carole Martinez. Dès les premiers mots j’ai été séduite. Sa prose est douce, limpide, elle s’écoule doucement comme pour mieux en apprécier le chant. Il y a dans cette œuvre une part de mystique, de légende et poésie qui nous fait voyager dans un autre monde. Néanmoins le propos est résolument moderne avec une réflexion sous-jacente sur la condition féminine et le rôle de la femme dans une société patriarcale très forte.

J’ai aimé découvrir l’enfer des croisades à travers les yeux brûlants d’Esclarmonde. J’ai aimé être enfermé dans cette petite cellule avec elle et ressentir ses joies, ses peines, ses doutes. Car le coup de maître de cette œuvre c’est bien de pouvoir voyager alors même que le personnage principal est enfermé dans son tombeau. La beauté de l’œuvre réside tant dans la narration quand dans l’histoire à proprement dite. Vous l’aurez compris c’est un beau moment de lecture que nous propose ici Carole Martinez, le roman est plutôt court (250 pages) mais néanmoins intense, je vous le recommande sans hésitation.

Je vous laisse sur quelques mots de l’auteur, afin que vous puissiez vous aussi en apprécier la douce mélodie :

« Il s’est allongé sur cette Terre qu’on disait sainte, sur cette terre gorgée de sang musulman, chrétien, juif, philistin, qui n’était pas seulement le berceau d’une humanité déchirée et violente, mais la pierre de sacrifice où les fils d’un Dieu unique se tuaient comme des chiens en Son nom, oui, pas seulement le début, mais la fin dernière, le tombeau de l’humain. »