Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

Certaines n'avaient jamais vu la mer

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Certaines n’avaient jamais vu la mer

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Elles les ont choisis sur une photo avec l’aide d’une marieuse. Elles voulaient s’échapper à un destin tracé d’avance, elles ne voulaient pas passer toute leur vie les pieds dans une rizière. Elles ont rêvé de leurs visages, elles ont imaginé leur nuit de noce, leur nouvelle vie, là-bas, dans une maison avec plus de deux pièces et une cheminée ! Elles sont parties avec leur kimono, quelques objets personnels, des milliers de questions et surtout l’espoir d’un avenir meilleur.

Les banquiers se sont révélés être des fermiers, vagabondant d’une ferme à l’autre, allant là où le travail les appelait. Les beaux jeunes hommes en photos avaient vingt ans de plus, et les désillusions ne faisaient que commencer. Elles sont devenues fermières, femmes de chambre, prostituées. La vie quotidienne semble un être un combat permanent où il faut rester à sa place, ne pas offenser son prochain. Malgré cela l’hostilité se fait sentir dans le regard et le comportement d’autrui :

« Leurs enfants nous jetaient des pierres. Leurs serveurs s’occupaient toujours de nous en dernier. […] Leurs coiffeurs refusaient de nous couper les cheveux. « Trop dur pour nos ciseaux ». Leurs femmes nous demandaient de nous éloigner d’elles dans l’omnibus lorsque nous étions trop près. « Veuillez m’excuser », répondions-nous, puis nous sourions en nous écartant. Car la seule manière de résister, nous avait appris nos maris, c’était de ne pas résister. »

Des mots qui claquent, des mots qui coulent, des mots qui nous laissent seulement imaginer le destin de ces femmes qui ont tout quitté dans l’espoir d’une vie meilleure. Comment s’adapter dans cette terre hostile ? Telle une litanie incessante Julie Otsuka redonne vie à ces femmes que l’Histoire a oublié. A la manière d’un roman choral, la narration à la première personne du pluriel permet d’englober tous ces destins de femmes et de retranscrire de façon fidèle et poignante leur histoire. De leur voyage en bateau, à leur nuit de noce en passant par leur travail et leur accouchement on suit ces destinées de femme que la vie n’a pas épargné. Pas de pathos ou de phrases grandiloquentes sur la condition de ces épouses,  seulement le témoignage saisissant et brutal de cette réalité qui a été tut et enterré depuis trop longtemps.

 Un hommage bouleversant à lire absolument.

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2 réflexions sur “Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

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